19 avril 2009

Le benchmark : une bonne chose ?

Cette semaine je me suis légèrement fait la leçon par un chargé de formation à l'école. Je dis légèrement parce que ce qu'il m'a dit me trottait déjà un peu dans la tête et il n'a donc que confirmer une position que j'avais un peu peur de prendre. Le sujet de la leçon : le benchmark.

On parlait de nos récents gestes sur les marchés financiers et comment je me comparais, en terme de performance, à mon benchmark. Il m'a lancé, du tac-au-tac, que je gérais mon portefeuille comme un hedge fund et qu'un benchamrk étais pour ainsi dire inutile. Le point hedge fund m'étais familier : c'est sur ce point que notre opinion convergeait. Or, je n'ai jamais pensé qu'un benchmark m'était inutile.

Commençons d'abord par l'allusion aux hedge funds. En général, les investisseurs gérent leur portefeuille selon les principes de gestion des fonds communs de placement : achats seulement, horizon long terme, pas de levier, pas de produits dérivés, principe de diversification et centrage sur un benchmark. Souvent, la gestion passive (indicielle) servira de benchmark à la gestion active. À quoi sert de se casser la tête à gérer activement un portefeuille si l'on est incapable de battre une gestion passive ?!?

Un hedge fund est une forme de fond commun libre de restriction. Il pourrait bien mélanger les deux types de stratégies de gestion (active et passive) et faire l'inverse des principes de fonds communs. C'est pour cela que mon portefeuille a été qualifié de hedge fund par un collègue. D'abord, la diversification est peu présente (ceux qui ont lu mon billet sur Berkshire Hathaway comprendront). De plus, j'utilise (un peu!) l'effet de levier pour essayer d'améliorer mes rendements et je me permets de transiger des options (achat et écriture couverte) pour avoir des stratégies plus ou moins exotiques. Cela dit, je me refuse (pour l'instant) les ventes à découvert et garde un horizon à long terme sur mes investissements ... la plupart du temps. Mais est-ce qu'un hedge fund peut avoir un benchmark ? Il s'agit d'une question à laquelle les acteurs sur le marché répondront : NON!

C'est là que se trouve pour moi un grand problème. En fait, on voit dans nos cours qu'un hedge fund aura plutôt un MAR : minimum accepted return. On demandera au gestionnaire de hedge fund qu'il soit, au minimum, aussi performant qu'un certain rendement. Normalement, le MAR est le taux d'intérêt sans risque (T-Bill). Mais pourquoi comparer le rendement d'un hedge fund avec le taux sans risque alors qu'un gestionnaire de fonds communs doit comparer sa performance à un benchmark ? Au départ, j'aurais fait le procès du MAR, en arguant qu'avoir un benchmark était important, mais après réflexion c'est le benchmark qui est une notion dangeureuse et dépassée.

D'abord, qu'est-ce qu'un benchmark ? C'est un outil de comparaison qui permettra aux investisseurs d'évaluer la performance du gestionnaire. Jusqu'ici, pas de différence par rapport au MAR. Toutefois, un benchmark doit être collé. Mettez-vous à la place d'un client qui reçoit ces papiers de son gestionnaire et voit que le benchmark auquel le gestionnaire est évalué a fait 10%. Comment réagiriez-vous si le gestionnaire avait fait 12% ? Vous seriez heureux. Si je vous dit 5% ? Probablement déçu de la piètre performance. S'il rapportait un gain de 45% ? Comment réagiriez-vous ? J'en connais plusieurs qui diraient que le gestionnaire a du prendre des risques exagérés (mais payant) et/ou que le benchmark est mauvais. Si le gestionnaire fait -20%, c'est lui qui dira que le benchmark n'est pas bon.

Le problème est donc simple. Avec un benchmark, le gestionnaire de fond commun doit s'arranger pour que sa performance soit proche du benchmark et, si possible, légèrement supérieure. Pas plus ! En ce sens, je préfère maintenant dire que j'ai un MAR quand je compare ma performance. Mon MAR est la même chose que le benchmark que je pratiquais avant. Or, l'analyse des chiffres en est totalement différente. Par exemple, il m'est arrivé d'avoir un écart de 35% entre ma performance et mon benchmark. Avant, je disais : "je sais que mon benchmark est mauvais et non représentatif". Aujourd'hui, je me dis : "Wow! J'ai vraiment fait mieux que ce que le minimum que je voulais !" La nuance est importante et je crois qu'un MAR est plus intelligent comme mesure de performance. Tantôt je disais que la gestion passive pouvait être un bon benchmark à la gestion active (À quoi bon se casser la tête à gérer activement un portefeuille si l'on est incapable de battre une gestion passive ?!?). Or, la gestion passive devrait plutôt être un MAR à la gestion active. À quoi bon répéter la gestion passive avec la gestion active ?!? L'important, c'est d'essayer de la battre ... et à plate couture ! On veut donc faire, au minimum, aussi bien que la gestion passive.

Qu'en pensez-vous ? Utilisez-vous un benchmark dans vos investissements et l'utilisez-vous comme un benchmark ou un MAR ?

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